Voici la fiche pédagogique complète et détaillée du chapitre Suites numériques, conçue selon les directives officielles et les orientations pédagogiques du Ministère de l'Éducation Nationale du Royaume du Maroc pour le niveau 2ème Année du Baccalauréat (Séries PC et SVT).
FICHE PÉDAGOGIQUE DE COURS : SUITES NUMÉRIQUES
Niveau : 2ème Année du Baccalauréat (Sciences Physiques - PC / Sciences de la Vie et de la Terre - SVT)
Matière : Mathématiques
Volume horaire total : 12 Heures
Rythme hebdomadaire : 5 Heures / semaine
Prérequis : Fonctions numériques (Continuité, Limites), Raisonnement par récurrence, Suites arithmétiques et géométriques (1ère Bac).
Planification des Séances (12 Heures)
Semaine
Séance
Durée
Contenu / Objectif de la séance
Semaine 1
Séance 1
2h
Limites des suites de référence, notions de suite convergente/divergente, limite de qn et nα.
Séance 2
2h
Opérations sur les limites. Limites et ordre. Théorèmes de comparaison.
Séance 3
1h
Exercices d'application directe sur les limites usuelles et la comparaison.
Semaine 2
Séance 4
2h
Critères de convergence (suites monotones et bornées). Étude de un+1=aun+b et un+1=cun+daun+b.
Séance 5
2h
Limite de la suite vn=f(un) et suites de la forme un+1=f(un) (Théorème du point fixe).
Séance 6
1h
Représentation graphique des suites récurrentes (méthode de la toile d'araignée / escalier).
Semaine 3
Séance 7
2h
Exercices de synthèse de type Examen National.
1. OBJECTIFS ET CAPACITÉS ATTENDUES
Utiliser les limites des suites de référence et les théorèmes de comparaison pour déterminer des limites de suites numériques.
Utiliser les critères de convergence (suite croissante majorée, décroissante minorée).
Étudier les suites récurrentes de la forme un+1=aun+b et un+1=cun+daun+b à l'aide de suites auxiliaires.
Déterminer la limite d’une suite convergente (un) vérifiant un+1=f(un), où f est continue sur I et f(I)⊂I.
Utiliser la propriété de la suite image vn=f(un).
Modéliser et résoudre des problèmes issus de situations variées à l'aide des suites.
2. CONTENU DU COURS DÉTAILLÉ
I. Limite d'une suite – Suites convergentes et divergentes
1. Définition et notions générales
Définition (Suite convergente / divergente)
On dit qu'une suite (un)n≥n0 est convergente lorsqu'elle admet une limite finiel∈R quand n tend vers +∞. On note :
limn→+∞un=l
Une suite est dite divergente si elle n'a pas de limite, ou si sa limite est infinie (+∞ ou −∞).
Remarque Pedagogique (Avis Officiel)
Toute étude théorique formelle de la limite (définition avec ε et N) est strictement hors programme. La notion de limite est introduite de manière intuitive par analogie avec les limites de fonctions en +∞.
2. Limites des suites de référence
Étant donné qu’une suite numérique est une fonction définie sur N, on admet les limites usuelles suivantes issues des limites de fonctions en +∞ :
Propriété (Limites usuelles)
Limites infinies : Pour tout entier p∈N∗,
limn→+∞n=+∞,limn→+∞n2=+∞,limn→+∞n3=+∞,limn→+∞np=+∞,limn→+∞n=+∞
Limites nulles : Pour tout entier p∈N∗,
limn→+∞n1=0,limn→+∞n21=0,limn→+∞n31=0,limn→+∞np1=0,limn→+∞n1=0
3. Limite de la suite géométrique qn et de nα
Théorème (Limite de qn pour q∈R∗)
Si q>1, alors limn→+∞qn=+∞.
Si q=1, alors limn→+∞qn=1.
Si −1<q<1, alors limn→+∞qn=0.
Si q≤−1, la suite (qn)n'a pas de limite (elle diverge par oscillation).
Propriété (Limite de nα pour α∈Q∗)
Si α>0, alors limn→+∞nα=+∞.
Si α<0, alors limn→+∞nα=0.
Exemple :
limn→+∞(32)n=0 car −1<32<1.
limn→+∞(45)n=+∞ car 45>1.
limn→+∞n23=+∞ car α=23>0.
II. Opérations sur les limites
Les règles de calcul algébrique des limites pour les suites sont identiques à celles pour les fonctions en +∞.
Propriété (Admise)
Soit (un) et (vn) deux suites admettant des limites finies ou infinies.
Somme :lim(un+vn)=limun+limvn (sauf forme indéterminée Format:+∞−∞).
Produit :lim(un×vn)=limun×limvn (sauf 0×∞).
Quotient :lim(vnun)=limvnlimun (sauf 00 et ∞∞).
Attention / Anti-erreur :
Les formes indéterminées sont : "+∞−∞", "0×∞", "00", et "∞∞".
Pour lever une forme indéterminée rationnelle, on factorise par le terme de plus haut degré au numérateur et au dénominateur.
Exemple résolu :
Déterminer limn→+∞5n2+42n2−3n+1.
5n2+42n2−3n+1=n2(5+n24)n2(2−n3+n21)=5+n242−n3+n21
Comme limn1=limn21=0, la limite recherchée est 52.
III. Limites et Ordre – Théorèmes de comparaison
Théorèmes de Comparaison (Admis)
Soit (un), (vn) et (wn) des suites numériques. On suppose que les propriétés suivantes sont vérifiées à partir d'un certain rang n0 :
Théorème de comparaison (Divergence) :
Si vn≥αun (avec α>0) et limn→+∞un=+∞, alors :
limn→+∞vn=+∞
Théorème de comparaison (Convergence vers 0) :
Si ∣vn−l∣≤αun (avec α>0) et limn→+∞un=0, alors :
limn→+∞vn=l
Théorème des Gendarmes (Encadrement) :
Si vn≤un≤wn et si limn→+∞vn=limn→+∞wn=l, alors (un) converge et :
limn→+∞un=l
Exemple d'application :
Soit un=nsin(n).
Pour tout n∈N∗, −1≤sin(n)≤1⟹−n1≤un≤n1.
Puisque limn→+∞−n1=0 et limn→+∞n1=0, d'après le théorème des gendarmes, limn→+∞un=0.
IV. Critères de Convergence (Monotonie et Bornes)
Théorème (Convergence monotone - Admit)
Toute suite croissante et majorée est convergente.
Toute suite décroissante et minorée est convergente.
\begin{tikzpicture}[scale=0.9]
% Axes
\draw[->, thick] (0,0) -- (7.5,0) node[right] {$n$};
\draw[->, thick] (0,0) -- (0,4.5) node[above] {$u_n$};
% Asymptote / Majorant / Limite
\draw[dashed, red, thick] (0,3.5) -- (7,3.5) node[right] {$l \text{ (Limite / Majorant)}$};
% Points de la suite croissante et majorée
\filldraw[blue] (1,0.8) circle (2pt) node[below] {$u_1$};
\filldraw[blue] (2,1.8) circle (2pt) node[below] {$u_2$};
\filldraw[blue] (3,2.5) circle (2pt) node[below] {$u_3$};
\filldraw[blue] (4,2.9) circle (2pt) node[below] {$u_4$};
\filldraw[blue] (5,3.2) circle (2pt);
\filldraw[blue] (6,3.35) circle (2pt);
\filldraw[blue] (6.8,3.42) circle (2pt);
% Courbe d'aide
\draw[gray, dotted] (1,0.8) -- (2,1.8) -- (3,2.5) -- (4,2.9) -- (5,3.2) -- (6,3.35) -- (6.8,3.42);
\end{tikzpicture}
Remarques cruciales :
Ce théorème garantit l'existence d'une limite finie, mais ne donne pas directement sa valeur exacte.
Une suite croissante non majorée tend vers +∞.
Une suite décroissante non minorée tend vers −∞.
V. Suites Récurrentes particulières et Image d'une Suite
1. Suite de la forme vn=f(un)
Théorème (Image d'une suite)
Si la suite (un) est convergente et a pour limite l, et si la fonction f est continue en l, alors la suite vn=f(un) est convergente et :
limn→+∞f(un)=f(l)
2. Suite récurrente de la forme un+1=f(un) (Théorème du point fixe)
Théorème (du Point Fixe - Admits)
Soit f une fonction continue sur un intervalle I telle que f(I)⊂I.
Soit (un) une suite définie par u0∈I et un+1=f(un) pour tout n∈N.
Si la suite (un) est convergente de limite l∈I,
Alors la limite l est solution de l'équation :
f(l)=l
Méthode de la Toile d'Araignée (Cobweb Plot / Escalier) :
Pour représenter un+1=f(un), on trace la courbe Cf et la droite y=x. On part de u0 sur l'axe des abscisses, on va verticalement vers Cf, puis horizontalement vers la droite y=x, puis verticalement vers Cf, et ainsi de suite.
3. Cas types : un+1=aun+b et un+1=cun+daun+b
Dans la pratique de l'examen national :
On prouve l'encadrement/la monotonie de (un) par récurrence.
On utilise une suite auxiliaire(vn) (souvent géométrique) pour déterminer la formule explicite de un en fonction de n.
On calcule limun.
3. APPLICATIONS DIRECTES (EXERCICES RÉSOLUS)
Application 1 : Calculs de limites et théorèmes de comparaison
Calculer les limites des suites suivantes :
un=3n−4n
vn=n+12n+(−1)nn
Solution :
Limite de un :un=4n((43)n−1).
Puisque −1<43<1, limn→+∞(43)n=0.
Donc limn→+∞((43)n−1)=−1.
Puisque 4>1, limn→+∞4n=+∞.
Par produit, limn→+∞un=−∞.
Limite de vn :
On a pour tout n∈N∗, −1≤(−1)n≤1, donc :
n+12n−n≤vn≤n+12n+n
Or limn→+∞n+12n−n=limn→+∞n(1+1/n)n(2−1/n)=2.
De même, limn→+∞n+12n+n=2.
D'après le théorème des gendarmes, limn→+∞vn=2.
Application 2 : Étude d'une suite homographique un+1=cun+daun+b
Soit la suite (un) définie par u0=0 et un+1=un+42un+3 pour tout n∈N.
Montrer par récurrence que pour tout n∈N, 0≤un≤1.
Soit (vn) la suite définie par vn=un+3un−1.
a) Montrer que (vn) est une suite géométrique de raison q=51.
b) Exprimer vn puis un en fonction de n.
c) En déduire la limite de la suite (un).
Solution :
Récurrence :
Initialisation :u0=0⟹0≤u0≤1. Vrai pour n=0.
Hérédité : Supposons 0≤un≤1.
un+1−1=un+42un+3−1=un+4un−1.
Comme un≤1, un−1≤0. Comme un≥0, un+4>0.
Donc un+1−1≤0⟹un+1≤1.
De plus, 2un+3>0 et un+4>0⟹un+1≥0.
D'où 0≤un+1≤1.
Conclusion : Pour tout n∈N, 0≤un≤1.
Suite auxiliaire (vn) :
a) vn+1=un+1+3un+1−1=un+42un+3+3un+12un+4un−1=5un+15un−1=51(un+3un−1)=51vn.
Donc (vn) est géométrique de raison q=51 et de premier terme v0=0+30−1=−31.
b) vn=v0×qn=−31(51)n.
De vn=un+3un−1, on tire :
vn(un+3)=un−1⟺un(vn−1)=−3vn−1⟺un=1−vn1+3vn.
D'où : un=1+31(51)n1−(51)n.
c) Comme −1<51<1, limn→+∞(51)n=0.
Ainsi, limn→+∞un=1+01−0=1.
4. EXERCICES DE SYNTHÈSE (FORMAT EXAMEN NATIONAL)
Exercice 1 : Étude de suite récurrente un+1=f(un) et Point Fixe
Soit f la fonction définie sur I=[1,2] par f(x)=2x+3.
Montrer que f est strictement croissante sur I et que f(I)⊂I.
Soit (un) la suite définie par u0=1 et un+1=f(un) pour tout n∈N.
a) Montrer par récurrence que pour tout n∈N, 1≤un≤3.
b) Montrer que la suite (un) est strictement croissante.
c) En déduire que la suite (un) est convergente.
Déterminer la limite l de la suite (un).
Éléments de réponse :
f′(x)=22x+32=2x+31>0. f est continue et strictement croissante.
f(1)=5≈2.23 et f(3)=3. Donc f([1,3])=[5,3]⊂[1,3].
a) Par récurrence :u0=1∈[1,3]. Si 1≤un≤3, comme f est croissante, f(1)≤f(un)≤f(3)⟹5≤un+1≤3⟹1≤un+1≤3.
b) Monotonie :u1=f(1)=5>1=u0. Par récurrence appliquée à l'accroissement, un<un+1. La suite est strictement croissante.
c) Convergence :(un) est croissante et majorée par 3, elle converge donc vers une limite l∈[1,3].
Calcul de l :
Puisque f est continue sur I=[1,3], que f(I)⊂I, et que (un) converge vers l, l vérifie l'équation f(l)=l.
2l+3=l⟺2l+3=l2(avec l≥0)l2−2l−3=0⟺(l−3)(l+1)=0
Comme l∈[1,3], la seule solution valide est l=3.
Conclusion : limn→+∞un=3.
Exercice 2 : Modélisation / Problème concret
Une réserve naturelle compte 1000 individus d'une espèce menacée en l'an 2024. Chaque année, la population augmente de 10% par les naissances naturelles, mais 50 individus sont retirés pour d'autres parcs.
On note un le nombre d'individus l'année (2024+n).
Exprimer un+1 en fonction de un, avec u0=1000.
Soit vn=un−500.
a) Montrer que (vn) est géométrique de raison 1,1.
b) Exprimer vn puis un en fonction de n.
Calculer la limite de un. Que peut-on conclure quant à l'évolution de la population à long terme ?
Éléments de réponse :
Une hausse de 10% correspond au coefficient multiplicateur 1,10.
Ainsi : un+1=1,1un−50.
a) vn+1=un+1−500=1,1un−50−500=1,1un−550=1,1(un−500)=1,1vn.
v0=1000−500=500. (vn) est géométrique de raison q=1,1.
b) vn=500×(1,1)n, d'où un=500×(1,1)n+500.
Comme 1,1>1, limn→+∞(1,1)n=+∞, donc limn→+∞un=+∞.
À long terme, la population de la réserve continuera de croître indéfiniment.